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Photographies
Le Temps qu’il fera

Le Temps qu’il fera, 2011 / Trieste, Italie
Programme Hors les Murs 2011 de l’Institut français - Lauréate 2011

Ensemble de 52 photographies, dimensions variables
Tirages Fine Art sur lambda et sur papier Hahnemühle contrecollé sur aluminium
112 x 136 cm ; 30 x 44 cm ; 85 x 85 cm

Soucieuse de poursuivre mon travail sur les problématiques liées à l’espace public et à la mémoire des villes, j’ai souhaité engager une réflexion, après Dresde, sur une autre ville chahutée par l’histoire et enroulée dans « une identité de frontière », comme le dit Claudio Magris. Soit Trieste, l’austro-hongroise, hantée par les fantômes de Rilke et de Joyce, ville fortement marquée par les années noires de la seconde guerre mondiale, sous administration militaire internationale jusqu’en 1954, au bout du monde latin et aux portes du monde slave. Trieste ou en filigrane la question des frontières, comment aborder les bordures, comment s'installer aux lisières. […]

Il m'importe aussi d'inscrire l'urbain dans son rapport au quotidien, traquant « le banal, le quotidien, le commun, l'ordinaire, l'infra ordinaire, le bruit de fond, l'habituel » que Georges Perec s'était employé à décrire ; montrer l'architecture vernaculaire, noter les gestes ordinaires, interroger la manière dont les corps investissent l'espace public, dont on prend place, dont on s'installe dans la ville, dont on s'en empare. Dans cette ville en images se croisent des enfants et des adultes, des corps marqués et maquillés, des maisons, des voitures, des magasins, des animaux, des vêtements, des îles, des châteaux, la mer, des histoires. Comme le dit Jean-Luc Nancy dans La Ville au loin, « une ville, on y fait des rencontres, et on la rencontre aussi. Mais ce n'est pas la rencontre de quelqu'un, d'une unité individuée et bien silhouettée : c'est une traversée avec impressions et tâtonnements, avec hésitations et approximations. En vérité, c'est une approche qui ne finit pas, c'est un rendez-vous dont le lieu se déplace, et peut être aussi la personne. » […]

Et comme figure tutélaire, Claudio Magris et ses Microcosmes. Dans ce beau livre, Claudio Magris distille son récit en 9 chapitres, s'attachant à narrer au travers de rencontres, de personnages ou de lieux, l'Histoire, le temps, les paysages, du Café San Marco à l'église du sacré-cœur ou au jardin public à Trieste, en passant par quelques endroits frontaliers d'une Europe « à la mémoire vive et au passé brûlant ». Reprenant ce modèle morcelé mais trouvant son unité dans la porosité de ses lignes de démarcations, je propose 9 parcours autour d'un bâtiment, d'un quartier, d'un ensemble d'objets, d'un ou plusieurs personnages, à Trieste ou dans son proche ailleurs, comme des reflets en miroir, en Slovénie et en Croatie, comme une cartographie amoureuse de la ville prolongeant ses ramifications et ses pérégrinations poétiques au-delà des frontières. (YL)

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